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L’innovation dans l’optique de l’égalité entre les sexes

Coup d'oeil
Lieu

Toronto, Ontario

Ce qu’ils font

Entreprise sociale offrant des services de consultation dans le but d’améliorer l’innovation dans l’optique de l’égalité entre les sexes

Ce qui la distingue des autres

La conviction qu’il serait avantageux pour la société et l’industrie d’exploiter le pouvoir de l’égalité entre les sexes dans l’innovation

Lien avec Mitacs

La fondatrice a effectué un stage Accélération en 2013 et 2014

Un père et son fils ont un grave accident de voiture dans lequel le papa perd la vie. Le fils est transporté d’urgence à l’hôpital; au moment où le garçon doit passer sous le bistouri, le spécialiste en chirurgie dit : « Je ne peux pas l’opérer – c’est mon fils! » Pourquoi est-ce que le spécialiste ne peut opérer le garçon?

Sarah Saska soumet cette vieille énigme à beaucoup de personnes, puis attend patiemment leur réponse. « Même en 2015, les gens hésitent encore parce que leur réaction instinctive est de penser que le spécialiste est le père du garçon ou peut-être son père adoptif », explique-t-elle. « Bien sûr, le spécialiste peut-être une femme et la mère du garçon, mais c’est rarement la première réponse des gens, et cela illustre bien à quel point le sexisme est bien ancré dans la société canadienne. »

On considère généralement que l’innovation, que ce soit dans le domaine de la recherche, de la technologie ou des sciences sociales, « ne tient pas compte du genre » ou est « exempte de discrimination fondée sur le sexe », que c’est un secteur où l’on ne fait pas de distinction entre les hommes et les femmes. Mais selon Sarah, c’est la première fausse conception à laquelle nous devons nous attaquer.

« Étant donné qu’elle se crée à l’intérieur de systèmes de croyances largement partagées et déterminées par la société concernant les caractéristiques associées aux hommes et aux femmes, et les comportements et rôles jugés appropriés pour chaque sexe, il est impossible que l’innovation ne soit pas influencée par le genre, affirme-t-elle. Nous devons exploiter le pouvoir de l’égalité entre les sexes afin d’améliorer notre société et notre économie. » La question est de savoir comment.

À la recherche de la pertinence dans la réalité

Lorsque Sarah a entrepris son doctorat en études de la condition féminine et en recherche féministe à l’Université Western, elle n’était pas à l’aise avec le fait de préparer un mémoire qui resterait sur une tablette à accumuler de la poussière. Elle a fait parvenir à des douzaines d’organismes canadiens sans but lucratif une offre de collaboration, en leur expliquant ses intérêts de recherche et en leur offrant 3 500 heures de recherche sur un sujet d’intérêt mutuel dont elle pourrait se servir pour l’obtention de son doctorat. Le Fonds pour les femmes du MATCH International a démontré de l’intérêt. Depuis le milieu des années 1970 environ, MATCH verse des subventions dans le but d’éliminer les obstacles, de remettre en question les perceptions et de transformer la société afin d’améliorer la vie des femmes et des jeunes filles du Sud mondial.

Grâce au stage Accélération de Mitacs, Sarah a bénéficié d’un financement pour effectuer un stage portant sur la façon de promouvoir l’égalité par l’innovation sociale en partenariat avec MATCH.

« Mon projet de recherche constitue la première évaluation universitaire ayant pour but de comprendre dans quelle mesure l’innovation sociale peut favoriser l’avancement des droits des femmes et l’égalité des sexes à travers le monde », précise Sarah.

« Mon stage Mitacs m’a permis de faire preuve d’audace dans mon approche à l’égard de cette recherche et d’accroître ma confiance en moi. »

Pendant son stage, une étudiante de doctorat en analyse comparative des politiques publiques à l’Université McMaster, Andrea Rowe, a découvert le projet de Sarah sur le site Web de Mitacs et communiqué avec elle. « Une rencontre de 20 minutes autour d’un café s’est transformée en un lunch de trois heures, et je lui ai fait part de mon idée de lancer une entreprise sociale vouée à l’excellence en innovation par l’égalité des sexes, explique-t-elle. C’est ainsi que Feminuity est née. »

Combler une lacune

Au cours de leur recherche, les partenaires ont constaté qu’il y avait une lacune importante lorsqu’on ne tenait pas compte du genre dans presque tous les secteurs et industries. Par exemple, Sarah explique que les accidents de voiture représentent la principale cause de mortalité fœtale en raison du traumatisme subi par la mère. L’une des raisons pouvant expliquer ce phénomène est que dans l’industrie automobile, les mannequins d’essai ont d’abord été conçus pour les hommes, mettant ainsi de côté de nombreux autres segments de la population.

Mais la sensibilisation au genre dans l’innovation ne fait pas qu’améliorer la situation pour les femmes. « On considère souvent l’ostéoporose comme une maladie touchant uniquement les femmes, mais, en réalité, les hommes comptent pour près du tiers des fractures de la hanche attribuables à l’ostéoporose. Si l’on présume que les symptômes sont les mêmes pour tout le monde, il en résulte un délai dans le diagnostic et le traitement de cette maladie chez les hommes. »

Au début, les partenaires ne cessaient de se demander comment transformer le concept de Feminuity en une entreprise rentable. Sarah a décidé de suspendre temporairement ses études de troisième cycle pour effectuer un stage au centre MaRS Discovery District, qui se consacre à la formation des innovateurs du 21e siècle. « J’ai développé des aptitudes pratiques dans le domaine des affaires afin que Feminuity devienne une entreprise prospère, souligne Sarah. L’une des leçons les plus importantes que j’ai retenues a été de savoir comment transposer 300 pages de recherche en un argument de vente massue de deux minutes en utilisant des concepts et des exemples qui éveillent l’intérêt de mon interlocuteur. La courbe d’apprentissage a été importante. »

Puisque cette entreprise sociale se fait de plus en plus connaître et que beaucoup d’organismes sont confrontés à des questions touchant l’égalité des sexes, des entreprises et des universités commencent à s’intéresser à Feminuity.

Le but de Sarah est passablement différent de celui de la plupart des entreprises en démarrage; elle espère que son entreprise cessera d’exister dans un avenir rapproché. Non pas parce qu’elle n’a pas connu de succès, mais plutôt parce qu’elle n’a plus sa raison d’être.

« J’espère que très bientôt, il ne sera plus nécessaire de rappeler aux gens la nécessité de voir les choses dans l’optique de l’égalité entre les sexes pour enrichir leur recherche, leur jeune entreprise ou leur multinationale, avoue-t-elle. Il faut changer notre cœur et notre état d’esprit. »

Photo fournie par Jovian Tsang, MaRS Discovery District


Mitacs tient à remercier le gouvernement du Canada, l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, Alberta Innovates Technology Futures, le gouvernement de la Colombie-Britannique, Research Manitoba, le gouvernement du Nouveau-Brunswick, Research & Development Corporation of Newfoundland & Labrador, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse, Innovation IPE, le gouvernement du Québec et le gouvernement de la Saskatchewan pour leur soutien au programme Accélération.