Le Devoir: Objectif: imprimer le monde

08/15/2017
Trois entrepreneurs montréalais s’attaquent à la révolution de l’impression 3D

Derrière la porte du laboratoire de mécanique multi-échelles de l’École polytechnique de Montréal, beaucoup d’enthousiasme et de dynamisme flotte, comme en suspension au milieu des machines. Difficile d’arrêter Ilyass Tabiai et Yahya Abderrafai une fois qu’ils sont lancés. Ces deux cerveaux-là enchaînent les idées comme le filament sort de leur imprimante 3D.

Les deux doctorants et partenaires d’affaires (avec Rolland Delorme, cofondateur de leur entreprise 3D TRIP) se spécialisent dans l’invention de filaments nouvelle génération. Leur objectif : mettre au point des polymères et des composites de pointe qui repousseront les frontières actuelles du monde de l’impression 3D.

L’aventure commence en 2014. Au départ, ils visent la maquette architecturale. Devant eux, un marché prometteur de bureaux d’architectes qui ne demandent qu’à réduire les coûts, en temps et en argent, de la fabrication de maquettes. Sur la base de ce projet-là, ils fondent l’entreprise 3D TRIP. Ils remportent dans la foulée le Défi Entrepreneuriat Diversité Poly-UdeM. Une rampe de lancement qui les propulse dans le monde des affaires.

Assez vite, ils se heurtent à leur réalité d’étudiants : mener de front un doctorat et une entreprise est un vaste défi. Trop vaste. « On a voulu se recentrer sur quelque chose de plus réaliste, explique Yahya Abderrafai. Le point commun de nos champs de recherche respectifs était le matériau. En même temps, on réalisait que cette dimension-là de l’impression 3D faisait beaucoup moins l’objet de projets de recherche que les imprimantes. Naturellement, notre expertise nous a amenés à nous pencher sur la conception de nouveaux matériaux. » 

3D TRIP a d’abord fait dans la commercialisation de filaments fabriqués par d’autres. Occasion pour les trois complices de tester les forces et les limites de ces matériaux. Occasion aussi de se familiariser avec le monde des affaires et de développer leur réseau. Aujourd’hui, l’entreprise est peu offensive en matière de vente, plus orientée vers la recherche. Pour mieux revenir à la charge une fois que des matériaux inédits seront au point.

L’idée derrière le filament de demain est de combiner les propriétés de différents matériaux de façon à profiter de leurs avantages sans avoir à composer avec leurs inconvénients. Le PLA (plastique biodégradable utilisé couramment en impression 3D) se laisse donner à peu près n’importe quelle forme, mais il n’est pas des plus solides. Y allier du carbone, pas imprimable à l’état pur, donnera un composite autrement plus résistant. « On gagne en résistance mécanique, ou à de très hautes températures, par exemple. Si on mêle du graphène au plastique, on obtient un matériau conducteur d’électricité. Avec de la fibre de verre, on gagne en conductivité thermique », explique Ilyass Tabiai. « Imaginez que les câbles électriques dans les avions ne soient pas entièrement métalliques, mais plutôt composés de filaments alliant un plastique et un métal. Ils seraient plus légers, donc ça allégerait le poids des appareils. Là, on touche à des économies de carburant. »

Le monde de l’industrie est actuellement limité dans son recours à l’impression 3D. Beaucoup de mise au point reste à faire pour que ce qui est aujourd’hui accessible et utile aux particuliers soit applicable aux gros joueurs. Les imprimantes, les logiciels et les filaments doivent être adaptés. « Le procédé de fabrication qui permet aujourd’hui la plus grande liberté est le moulage, explique Ilyass Tabiai. Mais il limite le type de formes qu’on est capable de fabriquer, et il coûte cher. Les pales d’éolienne sont moulées à la main parce que le matériau principal n’est pas imprimable en 3D. »

Ils voient loin, les trois chercheurs-entrepreneurs qui ont reçu en juin 2017 le prix Entrepreneurs agents de changement décerné par l’organisme Mitacs, convaincus que l’impression 3D participe à une nouvelle révolution industrielle. De l’autre côté de leur innovation se trouve tout un champ d’applications. « Si on est capable d’imprimer n’importe quel objet, on n’a plus besoin de passer par le moulage ou les chaînes de montage. Donc on réduit les coûts de production. À terme, c’est tout le cycle de production qui va être transformé. La façon dont on produit des objets va faire l’objet d’une révolution déjà en marche. »

Par Sophie Mangado

 

 

 


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