Escalader la tour d’ivoire

01/31/2017
Par Steve Higham

Il y a peut-être eu un temps où les universités pouvaient fonctionner plus ou moins comme des institutions indépendantes, bien à l’écart des complications quotidiennes du monde dans leur soi-disant tour d’ivoire. Je suis incertain quand c’était (la fin du 19e siècle? Les années 1950? Je ne suis pas historien).

Peu importe, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Dans le contexte d’une économie incertaine, de la technologie disruptive et de perspectives d’emploi de plus en plus précaires, les étudiants et chercheurs d’aujourd’hui souhaitent plus que du prestige et l’illumination d’étudier sur un campus universitaire. Ils sont impliqués dans leurs communautés; lançant des entreprises et des idées de commercialisation; travaillant entre les disciplines et les secteurs et communiquant leurs découvertes à des publics au-delà de leurs universités.

Le problème est que le modèle existant pour le financement de la recherche n’a pas été créé pour ceci : il récompense les chercheurs universitaires établis qui mènent des projets de recherche spécifiques à leurs disciplines, alors que les chercheurs émergents ont besoin de financement pour des projets de recherche collaborative et interdisciplinaire. Les découvertes et la recherche appliquée sont catégorisées séparément, comme si l’une n’alimentait pas souvent l’autre. Et les subventions publiques de recherche n’ont pas été élaborées pour la recherche qui émerge des makerspace, des laboratoires de R-D des entreprises en démarrage ou même des garages de jeunes Canadiens entreprenants.

Donc, avec tout ce qui se passe, comment les universités et les bailleurs de fonds s’adaptent-ils? Comment s’assurer que les investissements publics en recherche continuent de répondre à tous ces changements tout en anticipant les nouveaux? Lors de la Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes 2016 à Ottawa, des chercheurs en début de carrière se sont prononcés sur le sujet et quelques thèmes intéressants ont émergé.

Les bonnes nouvelles sont que les universités deviennent des endroits plus dynamiques, mais elles ne récompensent pas ou n’encouragent pas toujours les professeurs à expérimenter, à collaborer entre les disciplines ou à s’impliquer dans des projets au-delà des murs de la tour d’ivoire. Les communautés universitaires et de recherche doivent activement abolir les barrières qui empêchent les nouvelles collaborations; celles qui ne réussissent pas à s’adapter risquent de prendre du retard.

Nous devons aussi contester les hypothèses par rapport à ce qu’est un chercheur ou une équipe de recherche. Plusieurs voies peuvent mener à de grandes découvertes, qu’elles émanent d’une équipe interdisciplinaire d’universitaires, d’un laboratoire à un scientifique ou d’un groupe d’innovateurs avec une bonne idée. Nous avons besoin de modèles de financement pour la recherche qui épousent la diversité de recherche.

Finalement, n’oublions pas que pendant que nous vivons dans un monde rapide, nous avons encore besoin d’endroits où nous pouvons prendre le temps d’apprendre et d’avoir une pensée critique. Le financement stable et à long terme demeure essentiel à notre compétitivité. Et nous réussissons bien, car nous faisons véritablement plus que notre poids démographique pour notre part de publications, par exemple. Nous souhaitons et nous voulons donc faire évoluer nos systèmes, mais ne négligeons pas nos forces alors que nous insistons pour des changements.

Toutefois, le monde change. Nous devons mieux réussir à reconnaître et à appuyer diverses approches à la recherche et continuer de rendre nos tours d’ivoire plus accessibles et dynamiques.


Remarque : La discussion en panel qui est paraphrasée dans ce billet de blogue a eu lieu à la Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes le 9 novembre 2016 à Ottawa. Il mettait en vedette Maria DeRosa, une chimiste de l’Université Carleton et Présidente actuelle du Partenariat en Faveur des Sciences et de la Technologie; Jeremy Kerr, un biologiste de l’Université d’Ottawa et Président de la Société canadienne d’écologie et d’évolution; S. Karly Kehoe, une historienne et Chaire de recherche du Canada en collectivités du Canada atlantique de l’Université St. Mary’s à Halifax; Andrew Pelling, un biophysicien à l’Université d’Ottawa et TED Fellow 2016; Val Walker, Vice-présidente, politiques, innovation et compétences au Conseil canadien des affaires et était animé par Rees Kassen, Professeur et titulaire de la Chaire de recherche de l’Université en évolution expérimentale, Université d’Ottawa et ancien coprésident de Global Young Academy. Les participants ont fourni le matériel, mais ils n’ont pas été impliqués dans la rédaction de ce billet de blogue.

 

 

 


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