Le coin des stagiaires de la Bourse pour l’élaboration de politiques scientifiques canadiennes : Redéfinir la recherche, une nouvelle approche à l’égard de la création de connaissances au Canada

11/30/2016
Par Marie Claire Brisbois, Stagiaire, Bourse pour l’élaboration de politiques scientifiques canadiennes

« … Ce mot... Je ne pense pas qu’il signifie ce que vous pensez qu’il signifie ».

Inigo Montoya, The Princess Bride

La dernière séance plénière de la Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes (CPSC) de cette année était une discussion passionnée intitulée « Converging Science: Fostering Innovation Through a New Model of Transdisciplinary Research » (La convergence des sciences : favoriser l’innovation au moyen d’un nouveau modèle de recherche transdisciplinaire). Au cours de ce panel animé par Darren Gilmour, trois spécialistes : Alan Bernstein, Graham Carr et Ilse Truernicht, ont parlé du besoin de nouveaux systèmes de recherche qui intègrent les connaissances, touchent de nombreuses disciplines et valorisent les expériences diversifiées. Les panélistes ont indiqué que la convergence des sciences joue un rôle prépondérant dans la résolution de problèmes sociétaux complexes et dans l’éclosion de nouvelles technologies et initiatives économiques. Un appel, qui a été largement partagé sur Twitter, a été lancé aux universités et aux principaux organismes de financement canadiens pour mettre sur pied des systèmes qui favoriseront la participation entre les disciplines. La discussion était animée et enrichissante - mais un élément essentiel a été oublié.

La recherche transdisciplinaire est, par définition, tout ce qu’en ont dit les panélistes et beaucoup plus encore. Selon Brandt et coll., dans un article paru en 2013 dans Ecological Economics, il s’agit d’une « approche à l’égard de la recherche qui englobe de nombreuses disciplines scientifiques (interdisciplinarité) axées sur des problèmes communs, et la participation active de professionnels provenant de l’extérieur du milieu universitaire. » Elle va beaucoup plus loin que la tour d’ivoire et suppose des approches entièrement nouvelles à l’égard de la création de connaissances. La transdisciplinarité a fait l’objet d’un examen minutieux par le milieu universitaire au cours de la dernière décennie pour précisément les mêmes raisons que celles soulignées par le panel : les problèmes sociétaux actuels - comme les changements climatiques ou la résistance aux antimicrobiens - sont beaucoup trop complexes pour être réglés par une seule discipline ou un seul secteur de la société.

C’est là la valeur, et le défi, de la recherche transdisciplinaire. Parce qu’elle cherche à résoudre des problèmes, elle bouleverse souvent le processus traditionnel de la recherche scientifique. La transdisciplinarité exige des problèmes définis de façon collaborative, des approches méthodologiques et la création de connaissances - souvent au détriment des théories et des méthodes établies depuis longtemps et propres à chaque discipline. Par exemple, ce qui peut sembler pour un ingénieur civil comme un simple problème d’infrastructure de protection contre les inondations pourrait être perçu par un géographe comme étant un produit des interactions complexes entre l’homme et la nature, par un océanographe comme étant une élévation du niveau de la mer, ou par une personne possédant des connaissances écologiques traditionnelles comme des normes sociales et écologiques de longue date. Le rapprochement de ces points de vue du problème afin de formuler une seule question de recherche pourrait être un processus extrêmement difficile et exigeant énormément de temps.

La recherche transdisciplinaire et les méthodes de recherche s’y rapportant exigent de la souplesse et de l’humilité de la part des chercheurs. Les chercheurs disciplinaires sont souvent extrêmement mal à l’aise pour effectuer ce type de recherche. C’est parce qu’elle provoque la confrontation de nos notions fondamentales de la vérité, ce qui se produit rarement lorsqu’il s’agit de dénombrer des bactéries dans des boîtes de Pétri en laboratoire. Il faut du temps, de l’argent et de la patience - tout ce dont on manque cruellement dans les universités d’aujourd’hui. De plus, ce type de recherche est extrêmement enrichissant et peut permettre d’établir des relations et de comprendre bien au-delà de ce que permettent les approches interdisciplinaires.

Les conclusions tirées par les spécialistes de la CPSC sont tout à fait légitimes en ce qui concerne leur appel à une pratique, une intégration et un financement plus importants de la transdisciplinarité. Toutefois, cet appel tirera profit de l’intégration des points de vue de ceux et celles qui effectuent et étudient régulièrement la recherche transdisciplinaire. Il permettra une incorporation encore plus rapide de pratiques transdisciplinaires exemplaires. Mais ce qui est peut-être encore plus important, il facilitera l’intégration de tous les points de vue et perspectives nécessaires pour aborder les problèmes complexes qui menacent actuellement notre survie sur cette planète.


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La Bourse pour l’élaboration de politiques scientifiques canadiennes est rendue possible grâce à la professeure Sarah Otto, du Département de zoologie à l’Université de la Colombie-Britannique, aux agences et ministères fédéraux participants, à l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l’Université d’Ottawa ainsi qu’au comité consultatif de la Bourse pour l’élaboration de politiques scientifiques de Mitacs.

 

 

 

 


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