Le coin des stagiaires de la Bourse pour l’élaboration de politiques scientifiques canadiennes : Évitez l’apocalypse! Pensez à l’incidence éthique des technologies perturbatrices avant qu’il ne soit trop tard

12/01/2016
par Kimberly Girling et Joelle Thorpe, Stagiaires, Bourse pour l’élaboration de politiques scientifiques canadiennes

Les nouvelles technologies peuvent grandement influencer notre vie de tous les jours. Il arrive parfois que des innovations technologiques soient si puissantes qu’elles remettent en question le statu quo. C’est ce que l’on appelle des technologies perturbatrices parce qu’elles remplacent des pratiques et des produits établis, débouchant même sur la création de nouvelles industries.

Imaginez un instant à quel point le fait de posséder une voiture intelligente, technologie perturbatrice actuellement en évolution rapide, pourrait changer votre vie. Combien de livres de plus pourriez-vous lire maintenant que vous n’avez plus à vous concentrer sur la route pendant votre trajet du matin? Combien de minutes de sommeil pourriez-vous récupérer si vous pouviez dormir en toute sécurité pendant que votre voiture vous amène au bureau? Combien d’accidents pourraient être évités en éliminant de la conduite d’une voiture l’erreur humaine? Il est facile d’imaginer les changements positifs qui pourraient découler de cette nouvelle technologie en particulier. Alors, il n’est pas étonnant que les technologies perturbatrices intéressent grandement non seulement les rats de bibliothèque, les gens qui aiment dormir et ceux qui sont préoccupés par la sécurité, mais aussi ceux qui sont aux premières lignes et qui lancent de nouvelles idées qui pourraient devenir les prochaines technologies perturbatrices, de même que ceux qui cherchent à s’assurer que les idées les plus susceptibles de devenir des facteurs de changement sont adéquatement financées et soutenues.

Jeudi après-midi à la Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes (CPSC), les technologies perturbatrices ont été au cœur des discussions animées par Paul Dufour, avec un groupe de panélistes formés de Foteini Agrafioti, Mo Elbestawi, Richard Hawkins, Michele Mosca et Duncan Stewart. Provenant de divers secteurs, qu’il s’agisse du milieu universitaire, du secteur gouvernemental, du milieu de l’entrepreneuriat ou du monde des affaires, ces panélistes ont discuté de l’importance d’appuyer les chercheurs et les entreprises partenaires dès le début pour s’assurer de repérer très tôt en laboratoire les technologies perturbatrices potentielles et de trouver des façons créatives d’en faciliter l’adoption par le grand public.

Bien sûr, cela ne se fera pas sans difficulté. En se fondant sur son expérience en informatique quantique, M. Mosca a expliqué l’importance des premiers investisseurs dans une technologie potentiellement perturbatrice afin de s’assurer de la transformer en occasions pour le Canada. « C’est parfois une question de chance », a-t-il indiqué et sans personnes pour l’adopter, les fruits de la recherche en technologie perturbatrice pourraient être perdus. En fait, il peut être dangereux de craindre d’investir dans une technologie potentiellement perturbatrice, et si le Canada n’investit pas dans la technologie perturbatrice, c’est plutôt cette absence d’investissement qui pourrait être perturbateur. Mme Agrafioti a réitéré cette conclusion, décrivant les problèmes qu’elle a rencontrés à titre de jeune inventrice d’une technologie perturbatrice et les difficultés de trouver dès le départ du soutien. M. Stewart a proposé des solutions, indiquant que l’ère de l’innovation convenait parfaitement aux forces du Canada. Il a insisté sur l’importance d’une collaboration multisectorielle pour favoriser la mise au point de technologies perturbatrices, ce qui comprend notamment un financement ciblé du gouvernement, une collaboration entre le secteur public et les entreprises du secteur privé, et un partenariat avec la société civile, indiquant que la DARPA, Grands Défis Canada, la Fondation Gates et le X-Prize étaient d’excellents modèles. Enfin, MM. Elbestawi et Hawkins nous ont rappelé le rôle que joue la collaboration université-secteur privé, comme ce qui est offert par Mitacs, et souligné l’importance de concevoir un programme d’études universitaires qui renseigne les étudiants sur les besoins de l’industrie et leur permet d’acquérir des compétences pour établir un partenariat efficace avec le secteur privé après leurs études et mettre au défi les chercheurs à repousser les limites dans ce domaine. Somme toute, la discussion des panélistes a mis en lumière les merveilleuses possibilités que les technologies perturbatrices peuvent nous offrir et l’importance d’encourager cette innovation.

Toutefois, en raison de leur nature « perturbatrice », ces technologies peuvent également avoir des répercussions profondes sur le plan des politiques et de l’éthique. Pour mieux comprendre, revenons à notre exemple de voiture intelligente. Quel âge doit-on avoir pour utiliser un tel véhicule? Les conducteurs doivent-ils détenir un permis de conduire? Les lois concernant la conduite et la consommation d’alcool pourraient-elles être différentes dans le cas de ces voitures? Que se passe-t-il si une voiture doit décider entre quitter la route pour se retrouver sur le chemin de deux adultes afin d’éviter de heurter un jeune enfant, ou freiner brusquement et mettre en danger la vie de l’enfant si la voiture ne peut s’arrêter assez rapidement? Comment de telles décisions sont-elles prises par un ordinateur? Qui est responsable du résultat?

Puisqu’elles peuvent entraîner d’énormes changements de paradigme, les technologies perturbatrices lanceront des défis à nos politiques actuelles, et elles peuvent occasionner des scénarios discutables sur le plan éthique, comme ceux décrits plus haut. Il est impératif de tenir compte de toutes les répercussions éthiques possibles liées à l’adoption d’une nouvelle technologie perturbatrice avant de l’adopter, précisément parce que cette technologie peut transformer une vie de façon radicale. Idéalement, le fait de tenir compte de principes éthiques devrait orienter les politiques qui réglementent l’utilisation d’une nouvelle technologie perturbatrice. Une meilleure collaboration entre le milieu universitaire, le secteur gouvernemental et le secteur privé est, de toute évidence, essentielle à l’innovation. Mais les décideurs doivent être en mesure de prendre des décisions responsables concernant les nouvelles technologies. Il leur faut notamment concevoir de solides cadres pour effectuer une évaluation éthique, faciliter les communications avec les scientifiques concernant les risques possibles, et prévoir de façon précoce l’élaboration de politiques efficaces. Les décideurs doivent également être conscients du fait que toutes les technologies perturbatrices ne sont pas nécessairement bonnes, et un engagement stratégique dès les premières étapes de la recherche pourrait permettre de stopper la mise au point d’un produit potentiellement non éthique avant qu’il ne soit trop tard.

En nous assurant que les politiques sont orientées par une évaluation robuste des répercussions sur le plan éthique de l’utilisation de technologies perturbatrices particulières, nous pourrons avoir l’assurance que ces technologies joueront pleinement leur rôle : contribuer à améliorer notre vie.


 

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La Bourse pour l’élaboration de politiques scientifiques canadiennes est rendue possible grâce à la professeure Sarah Otto, du Département de zoologie à l’Université de la Colombie-Britannique, aux agences et ministères fédéraux participants, à l’Institut de recherche sur la science, la société et la politique publique de l’Université d’Ottawa ainsi qu’au comité consultatif de la Bourse pour l’élaboration de politiques scientifiques de Mitacs.

 

 

 

 


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