Radio Canada: Les abeilles attaquées sur tous les fronts

07/31/2019

 

Déjà en fort déclin à cause des pesticides, les populations d'abeilles doivent aussi se mesurer à un parasite porteur de virus auquel s’intéressent des chercheurs québécois.

Une combinaison de facteurs est responsable de la mortalité accrue des abeilles productrices de miel, explique Levon Abrahamyan, professeur en virologie à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.

Les virus sont un facteur très important, mais moins étudié, poursuit-il.

Le chercheur s’intéresse plus particulièrement au Varroa destructor, un parasite proche de la tique qui infeste les ruches, s’attaque aux abeilles et leur transmet des virus.

Un hiver long et très froid, une infestation du Varroa destructor et une infection par virus sont donc « une combinaison fatale » pour les abeilles, se désole Levon Abrahamyan.

Au Canada, le quart des abeilles n’ont d’ailleurs pas survécu à l’hiver dernier, selon un récent rapport produit par l’Association canadienne des apiculteurs professionnels.

Les apiculteurs mettent en cause le faible système immunitaire des abeilles à cause des maladies, mais également la présence du parasite qui se nourrit à même les réserves de l’abeille, qu’elle a faites pour survivre à l’hiver, explique Marie Marbaix.

L’étudiante française de 22 ans, une étoile montante du génie génétique, termine cette semaine un stage de trois mois dans le laboratoire du professeur Abrahamyan.

Au moment de se nourrir, le parasite va aussi transmettre des virus à l’abeille et l’affaiblir. À la sortie de l’hiver, une grande partie des abeilles ne se réveillent pas.

Marie Marbaix, étudiante en biotechnologie

Celles qui survivent demeurent vulnérables, ce qui nuit à leur capacité de pollinisation.

Repères

 

Le Varroa destructor est une espèce d'acarien parasite originaire de l'Asie du Sud-Est. Comme une tique, il se nourrit en piquant les abeilles. Il peut décimer une colonie en quelques semaines à peine.

Le parasite s’est propagé avec le transport de produits agricoles. Il est arrivé au Canada à partir des États-Unis. Seule l’Australie est épargnée pour le moment.

Des virus potentiellement destructeurs

La virologie des abeilles est un domaine d’étude relativement nouveau.

Seulement une vingtaine de virus affectant les abeilles sont connus à ce jour, mais Levon Abrahamyan soupçonne qu’il en existe beaucoup d’autres.

Certains virus, qui causent des malformations ou encore la paralysie des abeilles, s’observent au microscope, mais d’autres sont très difficiles à cerner.

L’objectif du professeur Abrahamyan est d’identifier le virome de l’abeille, soit tous les virus qui affectent les colonies, grâce au séquençage à haut débit.

C’est une technique relativement nouvelle, très sensible, et qui permet d’identifier l’information génétique des organismes, explique-t-il.

Des abeilles de trois ruches dans la région de Saint-Hyacinthe sont acheminées au laboratoire de virologie moléculaire animale. Elles sont écrasées dans une solution réactive afin d’isoler l’ADN et l’ARN, et ainsi identifier les séquences d’acides nucléiques associés aux virus qui affectent les abeilles.

En étudiant le virome de l'abeille et son parasite, on essaie de trouver la corrélation entre l’infection de l’abeille et la présence du parasite, enchaîne Marie Marbaix.

L'hypothèse est qu’une population d’abeilles infestée par le Varroa destructorsera infectée par un plus grand nombre de virus qu’une colonie où le parasite est absent. Les chercheurs devront donc dans un deuxième temps départager les virus retrouvés au sein des deux environnements.

Un combat en deux temps

L’objectif du professeur Abrahamyan est non seulement d’éliminer le Varroa destructor, mais surtout de protéger les abeilles contre les virus.

Déjà, le parasite a développé une résistance à certains insecticides.

Il suggère d’identifier ou de créer un virus qui pourrait l’éliminer. Ce n’est pas une idée nouvelle, mais ça n’a jamais été utilisé pour sauver les abeilles, assure-t-il.

Les travaux du professeur de médecine vétérinaire pourraient aider à développer de nouvelles stratégies pour contrôler l'infection virale et peut-être même à proposer des traitements antiviraux.

Mais pour guérir les abeilles et éliminer le parasite, il faut d’abord comprendre ce qui décime les colonies, rappelle Marie Marbaix, pour illustrer l’importance de leurs travaux.

En 50 ans, la moitié des colonies d’abeilles ont disparu. Le temps presse, insiste l’étudiante, venue au Québec grâce à une bourse de Mitacs Globalink, qui jumelle des stagiaires à des projets de recherche partout au pays.

Ce sont des pollinisateurs naturels, à la fois de champs de culture dont on se sert pour l'alimentation, mais aussi des champs naturels. Si cette espèce va mal, ça reflète l’état de son territoire.

Marie Marbaix, étudiante en biotechnologie

Les abeilles jouent un rôle vital dans l’environnement en pollinisant le tiers de nos aliments. Une grosse partie de l'économie est aussi basée sur les produits dérivés de l’abeille, ajoute Marie Marbaix.

L’extraction d’ADN et d’ARN n'est qu'une partie des travaux du professeur Abrahamyan, qui collabore également avec Marie-Odile Benoit-Biancamano pour étudier la longévité et le rendement des abeilles mellifères.

 

 

 


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