Blogue

Vancouver cultive et récolte ses meilleurs talents

Deux innovateurs de la Colombie-Britannique s’expriment sur la rétention des talents du secteur des technologies et les enjeux liés à l’IA 

Article original de Katherine Janson, publié sur Techcouver BC et traduit par Mitacs.

Le Canada forme certains des meilleurs talents au monde dans les domaines de l’IA et des technologies. La clé de ce succès réside notamment dans le jumelage de ces personnes exceptionnelles avec des entreprises, qui peuvent tirer parti de ce talent pour se développer, se tailler une place sur le marché et prospérer. « Le talent est l’atout concurrentiel du Canada », déclare Derek Newton, vice-président sénior, Partenariats stratégiques et Développement des affaires chez Mitacs. « C’est pour cette raison que Mitacs consacre autant d’efforts à convaincre ces remarquables innovateurs et innovatrices de rester ici pour y bâtir et développer leur entreprise. » Organisme sans but lucratif qui coordonne et cofinance des projets jumelant les talents, la communauté de recherche et le secteur privé, Mitacs a ainsi donné un coup d’accélérateur aux initiatives de deux leaders du secteur des technologies : Kim Kiloh d’Aspect Biosystems et David Broemeling de NanoVation Therapeutics. Katherine Janson s’est entretenue avec eux pour discuter de l’enjeu de gestion et de la rétention des talents dans le secteur des technologies à l’ère de l’IA.

Quel est le principal obstacle qui empêche les entreprises d’exploiter le plein potentiel de leurs talents?

Kim Kiloh : Je crois qu’au final, c’est une question de leadership : avez-vous une vision claire de vos objectifs et votre équipe sait-elle comment elle y contribue? Dans le secteur des biotechnologies comme chez Aspect, tout va très vite : le rôle de l’équipe évolue donc au fil du temps. Les personnes que je vois s’épanouir sont celles qui gardent la mission à l’esprit tout en faisant preuve de souplesse quant à leur rôle. Mon conseil : préoccupez-vous moins ​de la prochaine étape​ de votre carrière et pensez davantage à ce que vous pouvez faire ​pour répondre ​aux besoins actuels. Lorsque l’entreprise réussit, c’est toute l’équipe qui réussit.

David Broemeling : Je suis diplômé de l’Université de la Colombie-Britannique et j’ai fait partie de deux entreprises fondées par mes pairs : j’ai donc pu constater par moi-même tout le talent et le potentiel qui existent ici. L’un des grands enjeux, selon moi, c’est le mentorat, soit le transfert des connaissances entre les entrepreneur·es et les exploitant·es d’expérience et la prochaine génération de créateurs et créatrices d’entreprise. La région de la baie de San Francisco a beaucoup mieux réussi que Vancouver à retenir ses innovateurs et innovatrices d’expérience pour encadrer ses jeunes talents. Depuis plusieurs années, il y a un exode des cerveaux de Vancouver vers le sud. Cette tendance est en train de changer : on voit davantage de gens qui restent ou qui retournent à Vancouver, qui investissent dans l’écosystème local et aident la nouvelle génération d’entreprises à se développer.  

Quelles stratégies les entreprises peuvent-elles adopter pour combler la pénurie de talents et comment peuvent-elles en mesurer le succès?

Kim : L’écosystème des technologies et des sciences de la vie de Vancouver est en plein essor : l’argument de vente est simple. ​​Nous avons réussi à attirer les Canadiens et Canadiennes qui travaillent à l’étranger et qui souhaitent revenir au pays, ainsi que les candidat·es des autres provinces et de l’international qui sont intéressés par le travail et la région. ​ ​Nous nous employons aussi à renforcer les compétences des talents d’ici en déployant diverses initiatives de mentorat et de formation. C’est un travail itératif, et c’est en pratiquant qu’on apprend le plus vite.

David : Il faut investir dans nos talents et les retenir ici, en incitant les entreprises à s’implanter à Vancouver et en renforçant notre écosystème des sciences de la vie et des technologies afin de créer un effet d’entraînement : les talents qui circulent d’une entreprise à l’autre, les connaissances qui se transmettent, et la prochaine génération qui apprend et évolue. Nous savons que c’est possible : on le voit dans d’autres pôles des sciences de la vie et des technologies, comme la région de la baie de San Francisco et Boston, où des acteurs de l’industrie transmettent les leçons tirées de leur expérience aux nouvelles générations.

L’IA s’intègre de plus en plus dans les activités quotidiennes des entreprises. Quelle est l’incidence de cette nouvelle réalité sur le profil des talents recherchés et la capacité des entreprises à les attirer à l’échelle mondiale?

Kim : Le changement est rapide et, pour en tirer pleinement parti, les entreprises ont besoin de plus que de strictes compétences techniques; elles ont besoin de personnes qui sont ouvertes à l’expérimentation. Les personnes de talent qui réussissent le mieux sont celles qui, devant un problème, se demandent immédiatement : « Comment l’IA pourrait-elle nous aider à le résoudre? » puis qui mettent leur réflexion en pratique. Ça ne fonctionnera pas à tout coup, mais avec un peu de persévérance, les percées finissent par arriver. C’est ce type de talent qui permettra aux entreprises de s’adapter à la nouvelle ère de l’IA.

David : Une mise en œuvre réussie de l’IA nécessite à la fois un esprit novateur pour explorer et expérimenter, mais aussi des bases vraiment solides pour garantir la pertinence des résultats et mettre en place des garde-fous adéquats. C’est cette combinaison d’expérience et d’innovation qui permet à une personne de se démarquer. D’après mon expérience, les programmes coopératifs et les partenariats entre le secteur privé et le milieu postsecondaire contribuent à combler le fossé en matière de développement des talents. Ils permettent aux étudiantes et étudiants de mettre en pratique ce qu’ils apprennent dans le monde professionnel, tout en offrant aux entreprises leurs compétences uniques en matière de résolution de problèmes.

Si le Canada parvient à trouver la bonne formule en matière de talents, quelles perspectives s’ouvriront pour le pays?

Kim : Nous possédons tous les atouts : innovation, talent et ambition.  Si le Canada joue bien ses cartes, nous pourrons cesser d’exporter nos meilleures idées et ancrer ici même des industries internationales. C’est ce que nous faisons chez Aspect : nous créons, ici au Canada, une nouvelle catégorie de médicaments régénératifs qui transformera l’approche du traitement des maladies. 

David : C’est une véritable opportunité, surtout compte tenu du contexte géopolitique actuel… Le Canada peut sortir du rang et s’imposer comme chef de file dans les domaines de la technologie, de l’environnement, de la santé et des sciences de la vie. En investissant et en nous ancrant ici en fidélisant nos talents, nous pouvons bâtir des fondations solides et créer des entreprises de premier plan à l’échelle mondiale, qui stimuleront notre économie et feront du Canada un pionnier de cette nouvelle vague technologique.