Penser et parler de la politique dans la vie quotidienne : L’expérience des communautés ethniques à Montréal / La politisation au quotidien : l’exemple de groupes ethniques à Montréal (Nouveau)
Le projet de recherche actuel examine comment les immigrants récents pensent et parlent de politique. Elle adopte une approche qui comprend le politique comme étant construit à travers des interactions individuelles qui font partie de systèmes politiques et culturels plus larges, mais qui sont aussi au moins en partie déterminées par l’expérience antérieure avec les institutions publiques. L’objectif est de saisir les catégories politiques construites par les immigrants récents, et de les comparer aux catégories utilisées en philosophie politique.
Mon projet de recherche précédent intitulé La polarisation de la vie quotidienne sert de point de départ pour la présente étude. Dans ce travail, j’ai accompagné les activités quotidiennes de quatre comités citoyens, deux en France, deux dans un quartier multiethnique de Montréal (Parc-Extension). L’une des conclusions a été que les comités citoyens ont largement échoué à recruter des résidents nés non au Canada, malgré des efforts délibérés à ce niveau. Les explications parcimonieuses de ce phénomène sont que les immigrants sont surchargés par des défis économiques et n’ont donc pas le temps de participer à des activités bénévoles, ou qu’ils craignent la politique en raison d’expériences antérieures avec des régimes autoritaires. La campagne électorale municipale de Montréal en 2013 m’a amené à remettre en question ces hypothèses. Plusieurs membres de ces comités citoyens étaient candidats à la course politique, et tout au long de la campagne électorale, ils sont entrés en contact avec des communautés d’immigrants politisées et organisées.
Bien que les études quantitatives identifient les communautés immigrantes comme ayant un comportement politique particulier et passif qui doit être expliqué, l’approche qualitative que j’adopte porte sur la compréhension de la manière dont les communautés immigrantes construisent leur monde politique. Une part importante de la recherche quantitative dans ce domaine vise soit à comprendre le racisme et les préjugés auxquels les individus font face lorsqu’ils tentent de participer à la vie politique, soit à cartographier leur participation et leurs choix aux élections. Malgré la contribution précieuse de ces études, la présente plante pose un autre type de question : comment les communautés immigrantes construisent-elles une relation avec le monde politique? Comment, où et quand pensent-ils et parlent-ils de politique?
Plusieurs questions guident ce projet. Les immigrants ne s’intéressent-ils pas à la politique ou s’intéressent-ils principalement à la politique de leur pays? Quel est le rôle de la vision de la politique acquise dans leur pays d’origine dans leur vision de la politique au Canada? Comment conceptualisent-ils le politique et l’exercice du pouvoir? Comment définissent-ils la communauté et plus précisément la communauté politique? Enfin, où les gens s’expriment-ils politiquement, lors de rencontres en personne avec des élus ou dans des contextes informels et prétendument moins politiques? Et pourquoi? Pour répondre à ces questions, les chercheurs de ce projet assisteront à des réunions d’organisations d’immigrants en tant que participants observateurs, et mèneront des entrevues semi-structurées individuelles avec un échantillon de membres de chaque communauté. Nous travaillerons avec les communautés pakistanaise, turque et libanaise. J’ai choisi ces communautés puisqu’elles sont divisées dans leur propre pays sur la définition du politique, et cette division est visible dans l’organisation communautaire à Montréal. Ainsi, par conception, nous éviterons de traiter les communautés ethniques comme homogènes et harmonieuses, ce qui est une lacune courante dans la littérature. En revanche, je veux comprendre comment ces différents points de vue guident la conception que ces immigrants ont de la politique canadienne.
J’adopte une approche qualitative basée sur l’observation de différents groupes, la participation à leurs activités et les entrevues semi-structurées.
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Dans cette recherche, à travers lobservation de différents groupes de citoyens issus de communautés ethniques, nous souhaitons examiner comment des citoyens dune immigration récente construisent leur propre catégorie du politique et plus particulièrement celle concernant la « communauté politique ». Notre précédente enquête « La politisation au quotidien », menée auprès de 4 comités de citoyens don’t certains, sont pourtant situés dans des quartiers multi-ethniques de Montréal (Parc-extension), montrent la difficulté pour ces organisations de recruter des populations dautres origines comme le signalent les écrits. Notre curiosité a été dautant plus aiguisée que les membres du comité de citoyens Parc-Extension nont pas ménagé leurs efforts pour attirer les citoyens immigrants du quartier (porte- à-porte, stands lors des fêtes culturelles). La très large majorité de ces efforts se sont pourtant soldés par un échec. Une hypothèse pourrait être la non-politisation de ces citoyens occupés à améliorer une situation économique plus précaire ou une crainte du politique en raison de pays dorigine soumis à des régimes autoritaires. Notre observation de la campagne municipale de 2013 nous a cependant conduit à questionner ces hypothèses. En effet, deux membres du comité de citoyens se sont portés candidats aux élections. Lintégration dans un parti politique a permis à ces derniers de découvrir des communautés politisées et mobilisées lors de différentes activités
de la campagne électorale. Plutôt que de postuler le non intérêt pour la et le politique des communautés immigrantes, il convient de questionner leur rapport au politique et la façon don’t ils construisent les catégories du politique (et particulièrement celle de « communauté politique »). Par là notre recherche se démarque également des travaux quantitatifs sur le sujet lesquels interrogent le racisme ou lexclusion don’t sont victimes les communautés ou bien leur allégeance politique.
Dans cette recherche, à lencontre des précédents points de vue, nous voulons examiner la façon don’t seffectue la formulation du politique au sein de groupes ethniques, à partir dexpériences relevant de la vie civile et quotidienne. En dautres termes, sous quelles conditions les acteurs opèrent-ils une ouverture sur le monde par des questions formulées politiquement? Comment des interactions à lextérieur du système politique contribuent-elles aux modes dappréhension et de représentation du politique? Nourrissent-elles lapathie politique ou contribuent-elles à dautres visions du politique? Plus précisément, où les citoyens immigrants tiennent-ils des discours orientés vers l’esprit public, des discussions politiques? Constate-t-on la même
privatisation du public et publicisation du privé mentionnée dans la littérature? Des auteurs comme Putnam ont souligné que lengagement associatif ne jouait en faveur de la politisation que si les membres du groupe étaient liés par des liens de type bridging cest-à-dire que les membres nentretenaient pas des liens ethniques ou relevant de communautés primaires pour reprendre un vocabulaire plus durkheimien. Est-ce vérifié dans notre enquête? Enfin comment le rapport au politique antérieur joue-t-il dans la politisation.
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