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Une chercheuse primée s’attaque à l’iniquité dans l’évaluation du langage chez les enfants du Canada

Le travail d’une lauréate d’un Prix Innovation de Mitacs pour assurer la précision de l’évaluation du langage pour chaque enfant, peu importe son milieu

Le défi : biais dans l’évaluation des troubles du langage

Le trouble développemental du langage touche environ un·e enfant sur 14. Toutefois, distinguer les enfants qui ont réellement un trouble du langage des enfants qui apprennent une nouvelle langue ou qui ont un accent est presque impossible avec les outils actuels. Cette situation a des effets néfastes sur les enfants, qui peuvent devoir vivre avec des difficultés pendant de nombreuses années, ou encore recevoir un diagnostic erroné, ce qui peut provoquer un stress inutile chez les familles et exercer une pression sur les ressources en orthophonie.

La solution : d’assistante à la recherche à innovatrice inclusive

L’experte en éducation Anne Laurie était une jeune assistante à la recherche lorsqu’elle a découvert cette grave iniquité. Elle a pu observer le problème de première main en travaillant avec des élèves des Premières Nations et, plus tard, auprès du personnel enseignant qui éprouvait de la difficulté à évaluer les élèves réfugié·es de la Syrie dans les écoles publiques du Nouveau-Brunswick en 2016.

« Lorsque les évaluations standardisées du langage étaient utilisées dans des communautés des Premières Nations, les écoles identifiaient un trouble développemental du langage chez 75 à 80 % de leurs élèves, ce qui n’est pas réaliste », affirme la chercheuse, ajoutant que le vrai taux est plus proche de 7,5 %.

Le problème découle de la façon dont les évaluations sont conçues. Elles sont habituellement validées dans des populations blanches de classe moyenne et mesurent les compétences linguistiques en comparaison à celles d’un « groupe de référence » d’anglophones. Lorsque ces outils sont utilisés sur des enfants de communautés autochtones ou immigrantes, ils échouent souvent en raison de leurs biais inhérents.

« Les évaluations du langage actuelles fonctionnent très bien avec des enfants anglophones provenant d’un milieu occidental, mais elles sont inefficaces pour des pans entiers d’autres groupes », explique Mme Laurie.

Aujourd’hui, en tant que chercheuse postdoctorale à l’Université Concordia sous la supervision de la professeure Diane Pesco et fondatrice de la jeune pousse TRICOAST Éducation, de Fredericton, Mme Laurie veut changer les choses.

Le résultat : un outil d’évaluation qui tient compte des différences culturelles

Mme Laurie a mis au point un outil novateur d’évaluation dynamique basée sur les programmes d’études (ÉDPÉ), le tout premier à pouvoir capter les nuances culturelles et ainsi distinguer une différence de langage d’un trouble développemental du langage.

« Ce que les gens ne réalisent pas, c’est que lorsqu’une personne souffre d’un trouble développemental du langage, il sera présent dans toutes les langues qu’elle parle et pas seulement dans celle qu’elle apprend », explique Mme Laurie. « À l’heure actuelle, nous n’avons pas de moyen efficace d’identifier correctement les élèves qui ont de la difficulté à parler anglais ou français en raison d’un trouble du langage et non pas d’une différence langagière. »

Contrairement aux évaluations traditionnelles, l’ÉDPÉ considère le potentiel d’apprentissage de l’enfant au lieu de mesurer sa maîtrise à un moment précis dans le temps. Cet outil utilise le récit, un concept inné à toutes les cultures. On montre une image aux enfants et on leur demande de raconter une histoire. La personne qui effectue l’évaluation observe comment les enfants organisent leur récit, puis les guide dans une phase d’apprentissage pour vérifier leur réaction aux commentaires.

« L’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi le récit, c’est que les récits sont très riches sur le plan de la langue et qu’ils comportent aussi des éléments culturels », explique Mme Laurie. « La lecture doit être enseignée, mais le récit est inné en nous. »
La plateforme en ligne calcule automatiquement si un·e enfant est à risque et produit un rapport facile à comprendre pour le personnel enseignant et les parents et qui présente les étapes d’une intervention ciblée lorsqu’elle est nécessaire. 

L’outil d’ÉDPÉ fait actuellement l’objet d’essais dans les écoles francophones de l’Ontario et par des orthophonistes du Québec, de la France et de la Belgique. TRICOAST Éducation offre de la formation sur l’évaluation dynamique dans le cadre de séances par vidéo ou en personne. Des modules supplémentaires de formation sont en cours de développement.

« J’aimerais que cette évaluation soit utilisée dans toutes les écoles au Canada », affirme Mme Laurie, qui remercie Mitacs d’avoir permis un développement rapide. « Le soutien de Mitacs me permet de garder un pied dans le milieu de la recherche et l’autre dans la pratique en même temps. Sans Mitacs, il m’aurait fallu beaucoup plus que six ans pour parvenir à ce résultat. »

Reconnaissance et impact

Le travail novateur de Mme Laurie lui a valu le Prix Innovation de Mitacs pour Innovation inclusive ― lauréate de l’année, qui célèbre la recherche qui favorise l’inclusion sociale et priorise l’accessibilité. Elle fait partie d’une courte liste de onze lauréats et lauréates au pays, cohorte choisie parmi les milliers de chercheuses et chercheurs qui participent aux programmes de Mitacs chaque année. Le prix a été remis le 17 novembre 2025 au Centre national des Arts à Ottawa.

« Dans un contexte où nous devons bâtir une économie plus solide et résiliente, ces onze innovateurs, innovatrices et organisations démontrent ce qu’il est possible d’accomplir quand on investit dans les idées, les talents et l’innovation », a dit le PDG de Mitacs, Stephen Lucas, Ph. D.

Le parcours de Mme Laurie, d’assistante à la recherche à innovatrice primée, démontre que l’appui de Mitacs permet aux chercheurs et chercheuses de réunir le milieu postsecondaire et le secteur privé pour créer des solutions qui assurent à chaque enfant au Canada une évaluation fiable et un soutien adapté à ses besoins.

 

  • Un groupe de douze personnes vêtues de façon professionnelle pose sur une scène devant une enseigne bleue Mitacs, certaines debout et d’autres assises, souriant à la caméra lors d’un événement qui semble être formel.

À propos de Mitacs  

Depuis plus de 25 ans, Mitacs contribue à la croissance de l’économie et au développement de la main-d’œuvre de l’avenir en créant des liens entre le secteur privé, le milieu postsecondaire et des partenaires internationaux pour résoudre des problèmes concrets. Nous appuyons la collaboration en recherche entre le milieu postsecondaire et le secteur privé grâce à des stages cofinancés par les entreprises partenaires et destinés aux étudiantes et étudiants du premier cycle et des cycles supérieurs, ainsi qu’aux chercheurs et chercheuses au postdoctorat.   

Intermédiaire national de l’innovation au Canada, Mitacs adopte une approche axée sur les talents pour développer les capacités d’innovation et renforcer la compétitivité du pays sur la scène mondiale. Nous servons de passerelle essentielle entre la recherche et la commercialisation, accélérant l’entrée sur le marché et la croissance de nouveaux produits et services.   

Le moment est venu pour le Canada de voir grand et de prendre des mesures audacieuses. Mitacs est prêt à contribuer à l’établissement d’une économie canadienne forte et résiliente, propulsée par les idées, le talent et l’innovation.   

Mitacs est financé par le gouvernement du Canada, le gouvernement de l’Alberta, le gouvernement de la Colombie-Britannique, Research Manitoba, le gouvernement du Nouveau-Brunswick, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse, le gouvernement de l’Ontario, Innovation PEI, le gouvernement du Québec, le gouvernement de la Saskatchewan, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador et le gouvernement du Yukon. 

 

Caroline Dobuzinskis