Rapport

Carnage climatique : Comment construire des villes résilientes au Canada

Points clés

  • Toronto s’est fixé l’objectif d’être carboneutre d’ici 2040. Vancouver et Halifax sont déterminées à rattraper leur retard d’ici à 2050.
  • Le Canada a investi 9,1 milliards de dollars additionnels pour réduire les émissions. Toutefois, l’innovation et la collaboration au niveau municipal sont essentielles à la réussite des plans d’action pour le climat.
  • En 2020, Victoriaville a annoncé la création de la première chaire de recherche municipale sur le développement durable au Québec.

L’été arrive à grands pas. Mais quand peut-on dire qu’il fait trop chaud pour les centres urbains du Canada, et comment s’adaptent-ils?

L’année dernière, nous avons connu l’été le plus chaud jamais enregistré, pour la planète comme pour le pays.

En effet, le Canada a officiellement connu son été le plus chaud depuis 76 ans, c’est-à-dire depuis le début de l’enregistrement des données nationales.

Une saison sans précédent d’incendies de forêt est devenue le principal événement météorologique de l’année après avoir brûlé plus de 15 millions (article en anglais) d’hectares et généré 475 mégatonnes de carbone, soit près de trois fois les émissions anthropiques du Canada de l’année précédente.

Des inondations catastrophiques en Nouvelle-Écosse et au Québec aux horizons dystopiques chargés de smog en Ontario, en passant par la tornade de la fête du Canada en Alberta, ce fut une année tumultueuse (article en anglais) pour la quasi-totalité des provinces et territoires du pays.

Malheureusement, les prochaines années ne s’annoncent pas meilleures.

Selon le rapport 2024 du Forum économique mondial sur les risques mondiaux, les « phénomènes météorologiques extrêmes » devraient constituer le risque mondial le plus important au cours des dix prochaines années (en anglais). Le risque que ces phénomènes constituent dépasse celui de la désinformation, des conséquences indésirables de l’IA, de l’insécurité cybernétique et de la polarisation sociétale.

Sortir des sentiers battus

Selon la Fédération canadienne des municipalités, environ 50 % de nos émissions de gaz à effet de serre sont influencées par les municipalités, qui englobent près de 92 % de la population canadienne. En tant qu’entités locales de gouvernement, les municipalités sont particulièrement bien positionnées pour déclencher des changements à petite échelle. Ces changements peuvent prendre de nombreuses formes, telles que le plaidoyer local, les mouvements populaires et les initiatives communautaires axées sur la résilience, l’atténuation et l’adaptation au changement climatique.

Mais c’est là que les choses se compliquent.

Lorsque l’on parle de « transition verte », on imagine souvent l’innovation de haute technologie. Pourtant, la haute technologie n’est pas toujours réalisable, économique ou nécessairement adaptée aux besoins d’une communauté locale. Parfois, des solutions à faible technologie peuvent être tout aussi efficaces. Le compostage et la collecte des eaux de pluie, par exemple, peuvent être mis en œuvre à plus petite échelle et nécessitent moins de ressources et d’entretien que leurs équivalents de haute technologie.

De même, l’innovation sociale, qui s’attaque aux défis sociaux et environnementaux par le biais de méthodes interdisciplinaires et d’actions communautaires, peut contribuer à renforcer la résilience climatique et les stratégies d’adaptation. Nous avons personnellement témoigné de formidables innovations climatiques résultant d’une collaboration étroite et d’une action communautaire.

 

C’est d’ailleurs ainsi que cet étudiant local a trouvé un moyen d’améliorer la biodiversité des bassins versants locaux de l’Île-du-Prince-Édouard. Et que cette étudiante originaire de Whitehorse a fait participer les communautés des Premières Nations à un projet de remise en état d’une mine au Yukon. Et comment ce chercheur postdoctoral a mis au point une carte éducative sur le climat des océans, qui a débouché sur la première stratégie mondiale d’éducation sur les océans.

Nous avons d’autres exemples, mais vous avez compris.

Non seulement la recherche collaborative soutient des objectifs d’action climatique solides, mais elle permet également aux communautés locales de trouver des solutions créatives à des défis complexes — un processus centré sur l’humain au cœur de la résilience et de l’adaptation au climat.

Découvrez-en plus sur les plans d’action pour le climat au Canada >>

Que se passe-t-il à Victoriaville, au Québec?

Victoriaville est un exemple brillant de la façon dont les petites et moyennes municipalités peuvent être un catalyseur pour une action climatique durable.

En 2020, la ville a annoncé sa première chaire municipale de recherche (article en anglais) sur le développement durable au Québec. Deux ans plus tard, avec le soutien et le leadership de Rémi Quirion, le scientifique en chef du Québec, la ville a nommé le professeur Simon Barnabé « conseiller scientifique en chef », scellant ainsi le partenariat avec l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Voici pourquoi cela a changé la donne.

Un conseiller ou une conseillère scientifique en chef est chargé·e de fournir des conseils scientifiques et de recherche indépendants sur des questions essentielles.

 

Cet objectif est en partie atteint grâce à la mise en place de partenariats de recherche solides, au financement de projets de R-D avec le soutien de fonds publics et à la contribution à de nouvelles pratiques innovantes. Cette nouvelle façon de « faire de la science » fonctionne exceptionnellement bien parce qu’elle éloigne les conseillers et les conseillères du bourbier de l’incertitude pour les orienter vers la recherche et la découverte, ce qui crée à son tour des pôles régionaux d’innovation.

Si vous vous demandiez comment Victoriaville est devenue « le berceau du développement durable », voici pourquoi.

En créant un réseau de conseillers et de conseillères scientifiques au sein de la politique locale, les municipalités peuvent prendre des décisions stratégiques éclairées en matière d’action climatique à l’aide de la recherche émergente. La pratique devient de plus en plus populaire dans la province, avec une autre chaire de recherche municipale dans la ville de Laval et un poste de scientifique en chef dans la ville de Longueuil.

Grâce à la nomination du professeur Barnabé, Victoriaville a également été reconnue par le gouvernement du Québec pour sa contribution exceptionnelle au développement durable. Il n’est pas surprenant que le scientifique en chef du Québec élargisse sa vision et encourage les autres à faire de même.

Quel est le résultat?

Il est indéniable que les municipalités sont capables de créer des changements extraordinaires. Mais l’un de leurs plus grands défis est le manque de ressources, amplifié par des contraintes juridiques et fiscales.

Selon un rapport de 2022 (en anglais) publié par l’Urban Policy Lab de l’Université de Toronto, « Les autorités locales sont limitées dans leur capacité à modifier les méthodes de production d’énergie et les niveaux d’émission pour lutter contre le changement climatique sans le soutien d’autres niveaux de gouvernement. »

Cela signifie que l’on ne peut attendre des municipalités surchargées et manquant de ressources qu’elles résolvent à elles seules l’une des plus grandes crises existentielles de notre époque. « Le changement climatique a une portée provinciale, nationale et mondiale », rappelle le rapport.

Compte tenu de ces réalités, les municipalités ont tout intérêt à explorer de nouvelles formes de collaboration susceptibles de déboucher sur des solutions uniques et rentables. Et le plus souvent, ces solutions se trouvent directement au sein des communautés dynamiques qu’elles desservent.

C’est précisément la raison pour laquelle les partenariats de recherche sont essentiels à la réussite des plans d’action du Canada en matière de climat. Nos établissements d’enseignement supérieur offrent une myriade de talents scientifiques qui peuvent être mis à profit pour soutenir, pérenniser et intensifier les efforts en faveur de l’environnement. En fin de compte, aucun organisme ne devrait porter le fardeau d’une crise mondiale.

Deux têtes valent mieux qu’une. Surtout si l’une d’entre elles appartient à une personne scientifique.

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